Chapter 1:

Chapitre 1 — 目覚め (Éveil)

時Toki (pulse)


La pluie venait à peine de cesser lorsque Mina Aoyama franchit le portail du lycée Shirogane. Le ciel, encore couvert d’un voile gris argenté, semblait hésiter entre le retour du soleil et une nouvelle averse. Dans la cour, les élèves marchaient en petits groupes, leurs chaussures laissant des traces humides sur le sol de pierre.

Mina avança seule, comme à son habitude, ses livres serrés contre sa poitrine. Elle n’avait jamais cherché à attirer l’attention. La discrétion lui convenait : écouter sans être vue, passer entre les autres sans faire de bruit. C’était plus simple ainsi. Plus sûr.


En montant l’escalier menant au premier étage, elle se surprit pourtant à ressentir une drôle de tension dans l’air. Une sensation presque électrique, comme si quelque chose allait dévier le cours tranquille de sa journée. Elle tenta de l’ignorer, mais, en entrant dans le long couloir vitré qui menait aux salles de classe, elle comprit pourquoi.


Une fille se tenait accoudée à une fenêtre entrouverte, laissant le vent jouer dans ses cheveux blonds. Une mèche rebelle lui tombait devant le visage, et elle soufflait dessus pour la repousser sans même lever la main. Son uniforme n’était pas porté correctement : chemise à moitié déboutonnée, cravate desserrée, jupe trop courte. Elle semblait totalement détachée du cadre strict du lycée, comme si les règles ne la concernaient pas.

Dans sa main, elle tenait un petit carnet noir où elle dessinait rapidement, concentrée, les sourcils légèrement froncés.


Mina s’arrêta net, incapable d’expliquer pourquoi cette vision l’avait figée.

Elle ne connaissait pas cette fille. Elle en était certaine. Mais il y avait dans sa présence une intensité douce, silencieuse, presque magnétique.


La blonde leva soudain les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Et Mina sentit une secousse brève lui traverser la poitrine, comme si quelqu’un venait de taper à l’intérieur.


La fille la regarda sans ciller, puis un sourire se dessina lentement sur ses lèvres. Un sourire calme, confiant, un peu joueur.

Un sourire qui disait clairement : Je t’ai remarquée.


Mina détourna les yeux, troublée, et accéléra le pas. Elle n’avait pas envie d’être vue comme ça, vulnérable, prise au dépourvu. Mais une voix l’arrêta, chaude et légèrement rauque :


— « Hé. »


Elle se retourna malgré elle.

La fille venait de s’approcher, son carnet fermé sous le bras.


— « On est dans la même classe, non ? 1–3 ? »


Mina déglutit.

Sa voix résonnait dans ses oreilles comme un écho un peu trop proche.


— « Oui… je crois. » répondit-elle, maladroite.


— « Je m’appelle Naho Senda. »

Elle hocha la tête avec une nonchalance presque élégante.


Mina inclina la sienne.

— « Mina Aoyama. »


Naho la fixa un long moment, avec un intérêt visible, comme si elle observait un détail qui lui plaisait et qu’elle ne parvenait pas encore à définir.

Puis elle sourit encore, cette fois avec une pointe d’amusement.


— « Tu as l’air très… correcte. Très sage. »


Mina ne sut pas quoi répondre.

Ce n’était pas une insulte, mais ce n’était pas vraiment un compliment non plus.


— « Je suis juste sérieuse, c’est tout. »


Naho se pencha légèrement vers elle.

Mina eut un réflexe de recul, ce qui fit rire la blonde doucement.


— « Pas besoin d’avoir peur. Je mords pas. »

Elle fit une courte pause.

— « Enfin… pas sans prévenir. »


Les joues de Mina s’échauffèrent immédiatement.

Comment pouvait-elle dire ce genre de choses aussi facilement ?


La sonnerie retentit et coupa l’atmosphère tendue entre elles.

Naho fit quelques pas en arrière.


— « À tout de suite, Mina. »


La manière dont elle prononça son prénom fit vibrer quelque chose de nouveau en elle, quelque chose d’inquiétant mais terriblement attirant.


En entrant dans la classe 1–3, Mina chercha une place comme d’habitude — près de la fenêtre, au deuxième rang. Elle posa ses affaires, essaya de calmer son cœur encore agité. Mais à peine eut-elle soufflé que la chaise derrière la sienne fut tirée.


Naho s’installa.

Juste derrière elle.

Si près que Mina sentait presque la présence de son souffle, la chaleur de son regard posé sur sa nuque.


Et toute la matinée, elle ne parvint pas à penser à autre chose.

Comme si cette inconnue venait d’ouvrir une porte qui n’aurait jamais dû se trouver là.


Quelque chose avait commencé.

Quelque chose qu’elle n’avait pas prévu

.

Quelque chose qui allait bouleverser bien plus que sa routine tranquille.

Milo.g
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