Chapter 3:

Chapitre 3 — 視線 (Regard)

時Toki (pulse)


La bibliothèque du lycée Shirogane était toujours plongée dans une lumière douce en fin d’après-midi. Les rayons du soleil couchant traversaient les grandes vitres latérales, étirant des bandes d’or pâle sur le sol et sur les tables en bois clair. C’était un lieu où le temps semblait se ralentir, où les bruits du monde extérieur s’effaçaient pour laisser place aux murmures des pages qui se tournent.
Pour Mina, c’était un refuge.Un endroit où elle redevenait invisible, seulement entourée de livres et du silence rassurant.
Mais aujourd’hui…Le silence n’était plus le même.
Elle sentait une présence derrière elle.Une chaleur.Une tension presque imperceptible mais impossible à ignorer.
Naho marchait quelques pas en arrière, ses chaussures résonnant doucement sur le parquet, comme si elle avait appris à ajuster son rythme à celui de Mina. Pas trop près. Pas trop loin.Juste ce qu’il fallait pour laisser planer une attente.
Mina choisit une table isolée au fond de la pièce.Elle déposa ses livres, respira un grand coup, tenta de retrouver son calme.
Mais au moment où elle ouvrit son manuel, Naho s’installa en face d’elle.
Pas à côté.En face.De manière à ce que Mina n’ait aucune échappatoire pour éviter son regard.
— « T’es souvent ici, hein ? » murmura Naho en observant les lieux.
— « J’aime le calme… » répondit Mina en baissant les yeux, consciente que sa voix tremblait légèrement.
— « Moi aussi. »Un sourire.— « Enfin… quand tu es là. »
Mina releva la tête brusquement, surprise par la franchise de cette déclaration.
— « Naho, tu… tu dis des choses trop directes. »
— « Je sais. »Elle posa son menton dans sa main, puis ajouta :— « Ça te dérange ? »
Mina resta silencieuse.Parce qu’elle ne savait pas quoi répondre.Parce que se mentir aurait été difficile.Parce qu’elle-même ne comprenait pas encore ce qui se passait dans son propre cœur.
Naho prit un livre au hasard, le feuilleta sans vraiment le lire, puis le referma.
— « Tu sais, je ne suis pas comme toi. Toi, tu réfléchis. Tu pèses tes mots, tes gestes… »Elle pencha la tête légèrement.— « Moi, j’agis quand quelque chose m’attire. »
Le mot attire fit vibrer un fil invisible dans l’air.
Mina serra un peu plus son stylo.
— « Et… pourquoi moi ? »Sa voix était à peine audible.
Naho plaça le livre entre elles comme si c’était une barrière symbolique, mais son regard, lui, restait accroché à celui de Mina.
— « Je sais pas encore. Mais j’ai envie de le découvrir. Avec toi. »
Le cœur de Mina bondit dans sa poitrine.Elle voulut détourner les yeux, mais le regard de Naho la retenait, comme une main invisible posée doucement sur sa joue.
— « Tu n’es pas obligée de répondre. Pas maintenant. » murmura Naho.Puis elle baissa un peu la voix :— « Je veux juste que tu saches que… tu me plais. »
Le mot plais résonna tellement fort dans la tête de Mina qu’elle en eut le souffle court.Personne ne lui avait jamais dit ça.Personne ne l’avait jamais regardée de cette façon, comme si elle était la page d’un livre rare qu’on avait envie de lire encore et encore.
Mina posa sa main sur la table, presque machinalement.Une distance minuscule séparait sa main de celle de Naho.
Et, comme si elle avait senti ce mouvement involontaire, Naho glissa lentement sa propre main un peu plus près.
Pas pour la toucher.Juste pour réduire l’espace.Juste pour que la possibilité existe.
Les doigts de Mina tremblaient.
— « Naho… c’est trop rapide. »
— « Je peux ralentir. » murmura-t-elle.— « Mais je ne peux pas ignorer ce que je ressens. »
Elles restèrent ainsi, silencieuses, à quelques centimètres l’une de l’autre, l’air lourd d’une tension fragile, prête à se briser au moindre geste.
Mina finit par détourner les yeux et s’absorba dans ses notes.Pourtant, chaque ligne qu’elle écrivait vibrait d’un trouble nouveau.

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Une heure passa.Les pages se remplissaient lentement, mais la présence de Naho restait constante, calme, presque douce. Elle ne parlait plus. Elle ne provoquait plus.Elle observait seulement, discrètement, sans envahir.
Lorsque Mina referma enfin son cahier, elle releva la tête.Naho la regardait toujours, mais cette fois avec un sourire plus léger, presque tendre.
— « Tu as bien travaillé. »
— « C’est normal… c’est ce qu’on fait ici. »
— « Peut-être. Mais tu as l’air plus… tranquille qu’en arrivant. »
Mina soupira doucement.
— « Peut-être que… ta présence est moins dérangeante quand tu es silencieuse. »
Naho éclata d’un petit rire, léger, presque musical.
— « Je peux être silencieuse quand il faut. Mais seulement pour toi. »
Et quelque chose dans sa voix, dans sa manière de le dire, fit fondre une résistance que Mina n’avait même pas remarquée.
Elles quittèrent la bibliothèque ensemble.Le couloir était déjà vide, éclairé par des néons pâles.Le silence résonnait différemment ici — plus intime, plus fragile.
En sortant du bâtiment, Mina s’arrêta soudain, hésitante.
— « Demain… » dit-elle.Sa voix tremblait légèrement.— « Tu… tu viendras encore ? »
Naho s’immobilisa.
Son regard changea. Il devint plus doux, plus profond.
— « Si tu veux de moi… alors oui. »
Mina détourna le visage, incapable de soutenir cette intensité.
— « Je n’ai pas dit ça. »
— « Tu ne l’as pas dit. Mais tu l’as pensé. »
Mina n’eut pas la force de répondre.Alors elle fit un simple signe de tête, minuscule mais suffisant.
Naho fit un pas en arrière, les mains dans les poches, un sourire lumineux sur le visage.
— « Alors… à demain, Mina. »
Elle partit dans la lumière orangée du soir, laissant derrière elle un vide étrange mais un frisson d’attente.
Mina resta seule un moment, une main sur sa poitrine.Son cœur battait vite.
Trop vite.
Et, pour la première fois…elle ne voulait pas que ça s’arrête.


時Toki (pulse)


Milo.g
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